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Tordons le cou à quelques idées reçues à propos du MA 1 – Le droit de cuissage

Sire Adémar pour vous servir !

Sire Adémar pour vous servir !

Bien le bonjour, gentes dames et gentils seigneurs. Je me nomme Adémar et suis l’humble sire chevalier qui garde cette boîte médiévale à la demande de dame Narratrice. Je vous souhaite donc la bienvenue à ce premier cours magistral de votre serviteur sur cette période riche et contrastée, mais à la très mauvaise réputation, qu’est le Moyen-Âge !

Tout d’abord, je tiens à partager avec vous cette boîte à images animées issue de la chaîne Nota Bene en guise de préambule.

Voici. Quoi qu’il en soit, nous allons nous arrêter sur la tranche qui nous intéresse. Car mille ans d’Histoire pour cette période, vous pensez bien que je ne sais pas tout, et encore moins ma dame pour qui je dois rassembler les notes. Je vais donc me concentrer sur une partie, la période du Moyen Âge dite « Classique » qui s’étend de la fin du XIe à celle du XIIIe siècle afin de venir en aide à mon amie.
Cette période commence donc, pour vous donner une idée, avec Guillaume le Conquérant, duc de Normandie, qui s’assoit sur le trône d’Angleterre en 1066. Elle se termine avec la mort de Saint Louis lors de la 8e Croisade en 1270. Selon, évidemment, les dates retenues arbitrairement.

Pourquoi « arbitrairement » ? Parce que contrairement à ce que l’on imagine avec la frise de l’école, il n’y a pas de contraste tranché entre les périodes. Surtout lorsque l’on décide a posteriori du découpage et des susdites. En réalité, l’Histoire est un dégradé infini.

Bien, désormais, intéressons-nous au titre de ce premier pamphlet : une idée reçue passée dans la culture populaire et qui concerne le Moyen-Âge. Il s’agit du fameux, de l’inénarrable et du toujours coriace…

LE DROIT DE CUISSAGE.

 

Il s’agit du préféré de ma dame Narratrice – dans le sens où c’est celui qu’elle déteste le plus – et avec lequel elle m’a demandé d’inaugurer ce tiroir.

Le droit de cuissage, qu’est-ce que c’est ?

C’est dans le film Braveheart, un film connu pour être à prendre historiquement avec des pincettes géantes. Si, dans le film, William Wallace joué par Mel Gibson devient un rebelle écossais recherché par l’occupant anglais, c’est pour avoir occis un noble seigneur – anglais – parce que celui-ci avait désiré jouir de son droit de cuissage sur la personne de la nouvelle épousée de l’Écossais. (C’est aussi dans le jeu vidéo Dragon Age : Origins, mais puisqu’il s’agit d’un univers fictif dans un Moyen Âge fantasy, il a droit à quelques… fantaisies.)

Le droit de cuissage n’est ni plus ni moins que le viol d’une jeune mariée par le seigneur de son mari.

Et c’est surtout une invention pure et simple des Lumières pour illustrer leur argumentaire sur la barbarie de la société féodale.

Et la piété filiale, vous en faites quoi ?

Mais ça n’a jamais existé, en tout cas pas dans le royaume français féodal. (Pas le viol de jeunes mariées, hein, mais ce droit imaginaire, imaginé et censé le légitimer.)

En réalité, les Lumières ont inventé ce « Droit de cuissage » à partir de plusieurs autres droits ou devoirs féodaux qui n’ont rien à voir, ou n’ont rien d’abusif. Le seigneur a besoin de main-d’œuvre pour cultiver ses terres. Ce serait anti-productif de les inciter à aller voir ailleurs. S’il y a eu des cas particuliers, ce n’était pas la majorité qui préférait prospérer. Ou alors elle capture les serfs et les terres du voisin, c’est plus sensé.

Le droit qui a pu être ainsi mal interprété est le droit dit de « Formariage » qui concerne les serfs. Les serfs sont des paysans qui appartiennent à la terre et, par extension, au seigneur de celle-ci. Ce droit prévoit que lorsqu’un serf veut se marier en dehors de la seigneurie dont il dépend, il doit payer une taxe à son seigneur en compensation.
C’est tout. Une histoire de sous et de main-d’œuvre.
Ce qui a aussi pu inspirer le droit de cuissage aux Têtes d’Ampoules est une tradition qui voit le sacré glisser dans le profane où, toujours concernant un serf, le seigneur peut, à l’image d’un prêtre, officier le mariage. Lorsque les nouveaux mariés vont pour s’unir, le seigneur, pour parrainer leur mariage et le soutenir, touche ou passe une jambe sur le lit conjugal afin de le bénir.

Il n’a jamais été question de faire quoi que ce soit avec la nouvelle épousée du serf ! Le viol était d’ailleurs considéré pénalement comme un crime gravement puni ! Prenez l’exemple du Lai de Lanval, de Marie de France, poétesse anglo-normande du XIIe siècle. Où le chevalier Lanval est – faussement – accusé de viol par la reine Guenièvre. Le sire aurait été mis à mort si la dame fée de ses pensées ne serait pas apparue pour le sauver. Mais, je reviendrai une prochaine fois sur le système juridique féodal, plus complexe, procédurier, codifié et moins hasardeux que l’on veuille bien le croire, surtout en Normandie. (Et non, l’on n’accuse pas quelqu’un sans un minimum de preuves. Tout bonnement parce que le mensonge est très, très, très mal vu.)

Pour en revenir à la coutume de la bénédiction du lit par le seigneur, ça peut paraître étrange comme cela, mais dans un prochain feuillet, je reviendrai sur la conception du mariage durant le Moyen Âge classique. Le prêtre n’a eu que tardivement son rôle indispensable.

La religion ayant une très importante place dans la vie du peuple, ce geste du seigneur est ainsi un geste bénéfique et bienveillant. Le couple peut se dire qu’il aura la chance de concevoir sa descendance sans démons ni esprits malins pour semer la pagaille entre leurs draps. Vous pourrez demander à Merlin ce qu’il en pense.

Voilà qui est dit. Désormais, lorsque lors d’une lecture ou d’un spectacle, l’on vous sert du « Droit de cuissage » vous pourrez imiter ma dame Narratrice : lever les yeux au ciel et grommeler. Ou, encore mieux, informer les gens autour de vous que l’on les prend pour des truffes.

Le prochain billet tordra le cou à une autre idée reçue également très coriace que ma dame Narratrice a encore lue l’année dernière dans un livre éducatif pour enfants : en cuisine, les épices étaient là pour masquer le goût faisandé des viandes !

Oui, la prochaine fois, gentes dames et gentils seigneurs, nous parlerons boustifaille ! Là encore, le Moyen-Âge nous montrera qu’il était bien plus raffiné et gourmet que la vision donnée par le film des Visiteurs ! (De la part d’un film français, en plus…)

Et pour conclure, je ne peux que vous conseiller mille fois la lecture de ce site internet : Histoire & Images médiévales. Excellente revue qui a malheureusement cessé de paraître avant de connaître une seconde vie grâce à la magie d’Internet.

http://www.him-mag.com/

Et souvenez-vous : le droit de cuissage n’est bon qu’en salade !

Gentes dames et gentils seigneurs, moi, Adémar, je vous salue !

Publié le: 25 février 2016 | Commentaires: 0